EFFICACITÉ DES TRAITEMENTS POUR LES TSA

Efficacité des traitements pour les TSA 

par Nicole Carty, orthophoniste

 

Efficacité des traitements pour les TSA selon différentes thérapies

Confrontés au diagnostic d’un trouble dans le spectre de l’autisme (TSA), les parents se retrouvent devant un vaste choix de traitements plus ou moins coûteux et plus ou moins efficaces. Dans ce contexte, les parents risquent de faire fausse route et de perdre un temps précieux, ainsi que leurs ressources financières, dans des traitements inefficaces et parfois dangereux.

Les parents lisent les témoignages d’autres parents clamant l’efficacité de telle ou telle thérapie pour leur enfant… or, le seul moyen de vérifier l’efficacité des traitements est de se référer aux données de recherches crédibles. Medavarapu et al. (2019) et le Service d’information des recherches sur l’autisme (Research Autism Information Service) nous offre la synthèse des résultats des recherches sur l’efficacité des traitements pour l’autisme.

 

https://www.cps.ca/fr/documents/position/tsa-la-prise-en-charge-et-le-suivi

THÉRAPIES SANS FONDEMENTS SCIENTIFIQUES

Les thérapies ci-dessous sont un non-sens scientifique; ils prétendent traiter des aspects qui n’ont aucun lien de causalité avec l’autisme. Pire encore, plusieurs sont potentiellement dangereuses.

1. La chélation :C’est un processus potentiellement dangereux par lequel on tente d’éliminer des minéraux, tels que le mercure, dans le corps de l’enfant. Le plus souvent, les victimes de ces traitements ont peur que les composants des vaccines soient à l’origine de l’autisme. Or, depuis plus de vingt ans, de nombreuses études ont confirmé qu’il n’existe aucun lien entre les vaccins et l’autisme;

2.  Holding Therapy: Cette intervention est basée sur l’hypothèse erronée selon laquelle l’autisme serait causé par des problèmes d’attachement parents-enfants. Le traitement revient à retenir physiquement l’enfant (holding) et à forcer le contact visuel. Ce traitement est non seulement considéré comme infondé, mais aussi comme potentiellement nuisible, d’un point de vue physique et psychologique.

3. Miracle mineral solution (MMS): Il s’agit de l’ingestion de dioxyde de chlore, une forme d’eau de javel, ce qui est évidemment dangereux pour l’humain

4. Packing therapy:L’enfant est enrobé dans des serviettes préalablement imbibées d’eau froide pendant que l’intervenant lui parle de ses émotions. Pour des raisons évidentes, cette intervention est considérée comme potentiellement nuisible pour l’enfant, en plus d’être complètement inefficace.

5. La régulation de la testostérone: Il s’agit de l’utilisation de médicaments pour réduire la quantité de testostérone dans le corps. De nouveau, les victimes qui adhèrent à cette démarche pensent qu’il y a un lien de causalité entre le mercure et l’autisme et que si l’on réduit la quantité de testostérone, on réduira aussi les effets de la toxicité de ce minéral dans le corps. Or, non seulement ce traitement n’a aucun fondement scientifique, il risque, à long terme, d’affecter le fonctionnement sexuel des individus qui le subissent.

6. L’immunothérapie : Un processus impliquant l’utilisation d’anticorps issus de plusieurs donneurs différents. C’est un traitement considéré comme potentiellement nuisible.

7. Hyperbaric oxygen therapy (HBOT): Le traitement hyperbare consiste à placer l’individu dans une enceinte où oxygène est supérieur à la pression atmosphérique. Ce traitement n’a pas de fondement scientifique pour le traitement d’un TSA, c’est coûteux et ce n’est pas efficace pour traiter les symptômes du TSA.

8. Facilitated Communication – La communication facilitée: Il s’agit d’une intervention où l’adulte ne ferait que soutenir la main de l’enfant afin de lui permettre de s’exprimer par le biais du clavier d’ordinateur. Cette pratique est réfutée par l’académique américaine de pédiatrie (AA), l’académie américaine de psychiatrie de l’enfance et de l’adolescence (AACAP), l’association des psychologues américaine (APA) et l’académie américaine des orthophonistes et audiologistes (ASHA). Inutile d’insister : cette approche est très largement reconnue comme non pertinente et totalement inefficace.

9. Les traitements de diméthylglycine (DMG) ont des effets potentiellement dangereux pour la santé.

10. Les traitements de sécrétine ont également des effets potentiellement dangereux pour la santé.

11. Les traitements antifongiques.

12. Les lunettes d’Irlen.

13. L’ostéopathie crânienne.

http://www.lnc-autisme.umontreal.ca/contenu.aspx?page=8.29

 

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THÉRAPIES SANS DANGER, MAIS SANS PREUVE SCIENTIFIQUES

 

Les traitements ci-dessous peuvent être utiles comme traitements complémentaires pour n’importe quel individu selon son profil particulier. En revanche, ils ne sont pas spécifiques à l’autisme; ils n’ont pas d’efficacité reconnue sur les caractéristiques centrales à l’autisme.

  1. Les suppléments de vitamines et de minéraux ;
  2. Les suppléments d’omega-3;
  3. Le traitement par l’ocytocine;
  4. Les régimes sans gluten/sans caséine;
  5. Les traitements probiotiques;
  6. Les chiens d’assistance;
  7. Le PortageIl s’agit d’une intervention précoce visant à soutenir les familles dont les enfants ont des besoins spéciaux. Les enfants développent de nouveaux acquis par le biais de questions, de tâches, d’ébauches et de récompenses.
  8. Les scénarios sociaux : Il s’agit d’un entraînement individuel aux habiletés sociales; des descriptions de situations sociales proposées avec des informations explicites sur les comportements et les réponses attendues.
  9. Les traitements par vidéos avec modèles d’interactions sociales: L’individu apprendrait les comportements verbaux et non verbaux adaptés aux contextes en visionnant des personnes, en interaction, dans de courtes séquences de vidéos.
  10. Milieu teaching: C’est une intervention comportementale qui vise le développement du langage et des comportements adaptatifs dans les milieux naturels.
  11. Les thérapies d’intégration auditive (Auditory Integration Training ou AIT);
  12. Les thérapies d’intégration sensorielle (Sensory Integration Therapy ou SIT);
  13. Relationship developmental intervention (RDI): Les activités proposées servent à inciter les interactions entre l’enfant et l’adulte. Les parents sont inclus.
  14. Les horaires visuels avec les pictogrammes, par exemple.
  15. Le port de vestes lourdes;

 

https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Rapports/ServicesSociaux/INESSS_InterventionsReadap_TraitementPharmaco_EnfantsAut.pdf

 

THÉRAPIES COMPLÉMENTAIRES DONT LES PREUVES SCIENTIFIQUES SONT PRÉSENTEMENT INSUFFISANTES

Les thérapies proposées ci-dessous ont parfois été reconnues efficaces dans certaines études sur les personnes autistes, mais les données ne sont pas concluantes dans d’autres. Ces thérapies seraient donc à essayer en fonction du profil unique de chaque individu.

  1. Discrete trial training (DTT): Il s’agit d’un entraînement par essais (trial) composés de 5 étapes: 1) l’indice; 2) l’ébauche; 3) la réponse; 4) la conséquence; 5) l’intervalle intéressais. On renforce les bonnes réponses et on ignore les mauvaises.
  2. Learning Experiences – An Alternative Program for Preschoolers and Parents (LEAP) : Il s’agit d’un programme éducatif ou des enfants autistes sont intégrés à un groupe d’enfants neurotypiques. Il s’agirait de développer des capacités fonctionnelles, le jeu, l’interaction sociale, les prérequis académiques, les comportements adaptatifs et les capacités langagières.
  3. Les interventions orientées sur la théorie de l’esprit: Ces interventions servent à enseigner à l’individu comment reconnaître, en eux-mêmes, et chez autrui, différents états mentaux (i.e. les croyances, les pensées, les émotions).
  4. Le soutien à l’emploi: Il s’agit d’offrir un soutien approprié au jeune adulte avec un TSA afin qu’il puisse obtenir un vrai travail dans le marché de l’emploi.
  5. Developmental individual difference (DIR): Lors de séances de jeu « par terre », (floor time) diverses stratégies servent à enrichir les interactions sociales de manière à faciliter le développement langagier et cognitif.
  6. Responsive Teaching (RT): Il s’agit d’un modèle d’intervention précoce où les parents apprennent à adresser les difficultés langagières, cognitives et socioémotionnelles de leurs enfants ;
  7. La formation parentale intensive (Caregiver-mediated Intervention) : À travers les activités de la vie quotidienne, les parents deviennent les coaches (entraîneurs) de leurs propres enfants. Cette intervention respecte les principes du traitement JASPER (Joint attention symbolic play engagement and regulation – l’attention conjointe, le jeu symbolique et l’autorégulation).
  8. Parent-mediated social communication therapy (PACT): On cherche à favoriser l’adéquation des réactions des parents face aux tentatives de communication de leur enfant.
  9. Social ABCs by parents or caregivers : L’objectif est d’augmenter la réactivité vocale des enfants ainsi que d’enrichir leurs tentatives de communication.
  10. La zoothérapie équestre;
  11. La musicothérapie;

 

https://plus.lapresse.ca/screens/4cab3b8b-2ccd-4ad6-970a-489c4a597e21%7C6uRu91ScJVUc.html

 

THÉRAPIES RECONNUES ET BASÉES SUR DES DONNÉES SCIENTIFIQUES PROBANTES

Les thérapies ci-dessous ont été reconnues comme efficaces dans le traitement de caractéristiques centrales à l’autisme.

  1. L’ABA soit « Applied Behavioral Analysis ». Il s’agit d’une thérapie comportementale (behavioral) intensive. On entraîne les comportements appropriés en morcelant les étapes pour compléter une tâche donnée. Les préceptes clés sont la rétroaction contingente, le renforcement, la collecte de données et les essais systématiques.
  2. Treatment and Education of Autistic and Related Communication-handicapped Children (TEACCH): Les préceptes clés sont l’organisation de l’environnement, la prévisibilité des séquences, les routines et la structure des activités.
  3. Picture Exchange Communication System (PECS) – Le système de communication par échange d’images: Le but est d’enseigner à l’enfant d’effectuer des requêtes d’objets en se servant de pictogrammes (échange de pictos contre des objets). ATTENTION: Selon les résultats des recherches, en l’absence d’intervention, la capacité à demander des objets n’est pas maintenue dans le temps et il n’y aucune amélioration dans les autres capacités communicatives et langagières.
  4. Verbal behavioral intervention (VBI): L’objectif est le développement des capacités verbales.
  5. Pivotal response training (PRT): Il s’agit d’une intervention comportementale basée sur l’ABA. Les objectifs sont la motivation, la réponse aux indices, l’autorégulation et les initiations à la communication.
  6. Le modèle de Denver: Par le biais du jeu, ce traitement cherche à adresser les déficits dans l’imitation, dans l’empathie et dans la théorie de l’esprit;
  7. Le modèle Early Start Denver (ESDM): Il inclut les parents et combine l’ABA et les approches développementales et relationnelles.
  8. La Nova Scotia early intensive behaviour intervention ressemble au ESDM.
  9. L’entraînement en groupe aux habiletés sociales: Ces groupes permettent à l’individu autiste d’entraîner ses capacités sociales dans un environnement respectueux et structuré.
  10. Pour l’anxiété et la dépression chez la personne autiste, la thérapie cognitivo- comportementale est recommandée.

 

En somme, l’article ci-dessus permet de synthétiser l’état actuel des recherches sur l’efficacité des traitements pour les individus autistes en 2019. Les recherches se poursuivent et la liste des thérapies proposées, ainsi que leur classification, pourrait être modifiée en fonction des résultats.

https://www.lemonde.fr/sante/article/2012/03/15/autisme-une-mise-en-garde-contre-la-methode-aba_1669458_1651302.html

 

L’important, lorsqu’on est à la recherche d’un traitement, c’est de ne pas tomber dans le piège des beaux sites web, des pseudo-recherches ou des témoignages. En effet, il vaut mieux s’en référer à des sources scientifiques, tels que l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESS) https://www.inesss.qc.ca/ et la société canadienne de pédiatrie https://www.cps.ca/fr/

 

Références:

Medavarapu S., Marella L., Sangem A. et al. (January 16, 2019) Where is the Evidence? A Narrative Literature Review of the Treatment Modalities for Autism Spectrum Disorders. Cureus 11(1) : e3901. DOI 10.7759/cureus.3901. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6424545/pdf/cureus-0011-00000003901.pdf

Research Autism Information Service – The National Autistic Society: Evaluations of Autism Interventions, Treatments and Therapies http://www.researchautism.net/autism-interventions/our-evaluations-interventions